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Le
Musée de la marine consacre dans une exposition à l’importance
des bateaux dans l’œuvre d’Hergé. A bord: maquettes, planches et
tempête.
La
première rencontre de Tintin et du capitaine Archibald Haddock a
eu lieu sur un bateau: le Karaboudjan, navire-clef du Crabe aux
pinces d’or. C’est aussi à bord d’un canot de sauvetage que
le nouveau duo d’amis, escorté de Milou, quitte clandestinement
le cargo transportant de l’opium dans les fameuses boîtes de conserve
jaunes à effigie rouge. Ce canot fut dessiné à partir
de photographies de ceux du Louis-Philippar, paquebot qui coula
en 1932, emportant avec lui le reporter Albert Londres qui servit en partie
de modèle à Hergé pour créer le personnage
de Tintin.
Les
navires sont très présents dans l’œuvre d’Hergé: lors
de son premier voyage dans la Russie des Soviets, en 1929, Tintin s’empare
d’un hors-bord; dans Tintin au Congo, le reporter du Petit Vingtième
embarque sur un paquebot de ligne. La geste maritime de Tintin est généreuse,
qu’il s’agisse de L’Aurore, apparu dans L’Etoile Mystérieuse,
ou du Sirius, entrevu dans un précédent album, mais
qui prend surtout la mer dans Le Trésor de Rackam le Rouge.
Il y a aussi, et surtout, le Ramona de Coke en stock, qui
constitue l’apogée des voyages en mer de Tintin et du capitaine
Haddock. Et bien sûr La Licorne, vaisseau de l’époque
de Louis XIV, confié à un des ancêtres supposés
du capitaine Haddock, le chevalier François de Hadoque…
Originaux
jamais montrés
L’énumération
de la quarantaine de bateaux empruntés par Tintin en ces années
1920-1950, ainsi que des ports d’où il est parti, dont il a rêvé
ou dans lesquels il échoua, pourrait être fastidieuse. L’exposition
« Mille sabords », présentée au Musée
national de la marine avec la collaboration de la Fondation Hergé,
évite cet écueil. La scénographie d’Anne Lebas et
Hyung-Jung Song ouvre sur les flancs et la poupe ventrus du Karaboudjan,
offre une vue de la cabine reconstituée du capitaine Haddock et
permet de tanguer dans la salle à manger de L’Aurore en pleine
tempête. Plusieurs planches originales évoquent la rencontre
de Tintin et du loup de mer qui sera son compagnon. Caisses de boîtes
de sardines éventrées, boîte de crabe (aux pinces d’or),
maquettes, objets maritimes, alternent avec des originaux de BD dont certains
n’avaient jamais été montrés ou des vidéo documentaires
sur l’œuvre et la façon de travailler d’Hergé.
Le
clou de cette exposition est sans doute la maquette, et les dessins de
coup du Brillant, vaisseau de soixante canons construit en 1690,
que possède le musée et qui aurait servi de modèle
à La Licorne. Le public pourra aussi admirer plusieurs maquettes
(celles de L’Aurore et du Sirius, dotée pour cette
dernière d’éclairages et d’un petit moteur), ainsi qu’une
véritable pompe à volants pour scaphandre, d’époque
– que l’on voit actionnée par les Dupont(d) dans Le Trésor
de Rackam le rouge -, et le scaphandre à semelles de plomb de
Tintin. Et bien d’autres objets surprenants…
Des
clubs de tintinophiles, dont celui du Palais de justice, ont déjà
visité l’exposition à l’invitation du contre-amiral Prud’homme,
conservateur du musée, « ébahi par leur connaissance
et par leurs discussions pointues sur telle ou telle vignette ».
Les enfants y sont attendus aussi: visites-jeux, animations-théatrales
et ateliers sont au programme…
Les
photographes de presse ne seront pas à la fête: jalouse des
planches et des objets originaux qu’elle a prêtés, la Fondation
Hergé a prévu que seules sept images pourraient être
reproduites. On peut aimer l’aventure et la mer pour autant ne pas apprécier
les pirates, même s’ils ont fait allégeance au chevalier de
Hadoque. |