 |
 |
Arturo
Pérez-Reverte, La Carta esférica (Le Cimetière
des bateaux
sans nom)
Voir
texte sur l'aventure |
|
|
 |
Comme
dans Tintin, Tanger et Coy, se trompent de méridien de référence.
Pourtant, ils connaissaient la mésaventure déjà arrivée
au Capitaine Haddock et à Tintin.
«
Bien que je parle du Méridien comme d’un seul, il n’en est pas ainsi,
car ils sont beaucoup ; parce que tous les hommes ou navires ont différents
méridiens, chacun le sien particulier. »
Manuel
Pimentel, Art de naviguer
Elle
déplia dans un froissement de papier, une des reproductions de la
carte d’Urrutia qu’elle avait rapportée le matin du Musée
naval. Après quoi, de ses doigts aux ongles rognés, elle
indiqua le tracé vertical des différents méridiens,
tandis qu’elle expliquait à Coy que Cadix, d’abord à l’observatoire
de la ville, puis à celui de San Fernando, avait été
le principal méridien utilisé par les marins espagnols au
cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle et d’une bonne
partie du XIXe. Mais le méridien de San Fernando n’avait commencé
à être employé qu’en 1801 ; de sorte que la référence,
en 1767, était la ligne de pôle à pôle qui passait
par l’observatoire situé dans le château de Guardiamarinas,
le château de la Garde marine, de Cadix.
[…]
-
Juste
sous nos pieds passait le premier méridien de Cadix, expliqua Tanger.
Il ne s’est situé officiellement ici que durant vingt ans, à
partir de 1776, avant d’être déplacé à San Fernando;
mais depuis le milieu du siècle il remplaçait officieusement
le méridien traditionnel de l’île de Fer, que les Français
avaient changé pour celui de Paris et les Anglais pour celui de
Greenwich…
[…]
-
La
position donné par le pilotin était peut-être fausse.
Dans l’affolement, tout le monde peut commettre une erreur.
-
Non. C’est impossible. (…)
-
Alors je donne ma langue au chat… A moins que le méridien ne soit
pas celui de Cadix.
Tanger
lui adressa un regard sombre.
-
J’y ai pensé aussi, dit-elle. C’est la première chose que
j’ai faite, entre autres parce que dans Le Trésor de Rackham
le Rouge Tintin et le capitaine Haddock commettent une erreur semblable,
en confondant la longitude de Paris avec celle de Greenwich…
[…]
-
Oui
ma chère. Votre bateau naviguait à l’intérieur d’un
système de codes internes et secrets. Comme tous ceux de la Compagnie
[de Jésus], il parcourait le monde avec des cartes qui, comme celles
d’Urrutia et les autres, indiquaient des échelles de méridien
et de parallèles nécessaires pour la navigation : Cadix,
Ténériffe, Paris, Greenwich. (…) Mais il y avait une particularité.
Souvenez-vous que le méridien est un concept relatif, qui sert à
situer sur une carte imitant la surface de la terre au moyen d’une projection
sphérique… Il y a cent quatre-vingt méridiens qui, par principe,
sont arbitraires. Le premier, celui que d’autres appellent le méridien
zéro, peut passer par où on veut, puisqu’il n’y a pas, ni
dans le ciel ni sur la Terre, de signal fixe qui oblige à compter
la longitude à partir de lui. Etant donné la configuration
de la Terre, tous les méridiens sont aptes à être considérés
comme le principal, et n’importe lequel d’entre eux peut recevoir cette
illustre et glorieuse appellation. Voilà pourquoi, jusqu’à
ce que soit adopté Greenwich comme référence universelle,
chaque pays a eu le sien. (…) Il faut les (les calculs) faire par rapport
au méridien secret que les Jésuites utilisaient en 176 pour
calculer la longitude à bord de leurs navires. (…) Le méridien
que vous cherchez correspond aux actuels 5°40’ ouest de Greenwich.
Et il passe exactement par l’école de cosmographie, géométrie
et navigation, et donc l’observatoire astronomique que, jusqu’en 1767,
les Jésuites ont eu dans ce qui est aujourd’hui l’Université
Pontificia, ancien Collège royal de la Compagnie de Jésus…
à quelques mètres de la tour de la cathédrale de Salamanque.
|