16 octobre

Vol sans problème. Peu de temps après l’embarquement, une hôtesse vient vérifier que je suis bien Jean-Christophe Loubet del Bayle. Ayant confirmé l’information, elle me signale que ma présence lui a été signalée et tient à me saluer personnellement. Ce doit être le privilège des Fréquences Plus Bleu ; privilège qui s’arrête d’ailleurs là car aucune autre faveur ne s’ensuivra.
A l’arrivée, je me prépare pour le choc thermique, mais en fait rien de traumatisant. Sur le coup. Car il fait quand même 35° (une 12° à Paris) et je dois rapidement me défaire de la polaire et du pull dont je m’étais couvert afin de ne pas aggraver mon rhume attrapé deux jours auparavant en Slovaquie.
Comme d’hab, prioritaires (c’est marqué dessus) ou pas, mes bagages arrivent dans les derniers. Et je passe les contrôles douaniers avec Ewald, futur retraité du Crédit Coopératif qui va s’occuper pendant deux semaines d’animation sportive dans une école. Ces sacs bourrés (il en a pour une cinquantaine de kilos en tout) de ballons et de tee-shirt nécessitent l’intervention d’un gradé mais tout passe comme une lettre à la poste.
Case de JCA la sortie nous attendent tout un tas de gens à commencer par le représentant canadien du CECI, l’ONG canadienne qui sert de relais local à Planète Urgence et Noéllie de Songtaaba. Ils commencent à me briefer un peu mais j’oublie ce qu’ils me disent au fur et à mesure. Puis on va dire bonjour à Marceline coordinatrice de Songtaaba qui est en partance pour le Canada et que je dois revoir dans une semaine. Et puis c’est le départ pour le centre en 4x4 où je découvre le bâtiment qui m’est affecté : une table, 4 chaises, un lit avec moustiquaire séparé du reste de la pièce par un drap, un lavabo et une douche. Pour les toilettes, faudra se rendre 2 bâtiments plus loin. Il fait chaud, mais rien d’insupportable : pour une fois, je suis bien content d’être svelte comme un elfe (comprenez : maigre).
Petite anecdote : les bébêtes. Des sympathiques tout d’abord à savoir de ravissants geckos : un tout petit baptisé junior, du côté du lavabo et son papa (peut-être) dans la douche. Ensuite, attention où je mets les pieds : des chenilles s’essayent de temps en temps à traverser la pièce. Tout l’art consistera à ne pas les écraser dans un moment de distraction.
17 octobre

Qui commence également sur une histoire de bestioles. Les moustiques tout d’abord qui se sont attaqués à mes bras tels des goinfres à la rupture du jeune du Ramadan. Manifestement, je ne maîtrise pas encore très bien l’art de la moustiquaire. Une sauterelle ensuite qui a élu domicile sur ma porte d’entrée. Grand bien lui en fasse…
J’expulse le grand gecko déjà mentionné et prend une douche au mince filet qui s’en écoule. Vincent, le petit frère de Marceline, arrive pour m’amener à la maison de la famille d’Antoinette. J’y fais la connaissance d’Alexis, le mari de Marceline. S’ensuit une longue période de 3-4 heures où tout en regardant la télévision sénégalaise et burkinabé (à cette heure là des séries mexicaines entrecoupées de clip d’artistes burkinabés), nous discutons de sa famille, de son ancien métier (fonctionnaire et gestionnaire des anciens supermarchés d’Etat de Ouaga) et de son dernier voyage à Lomé.
La matinée avançant, je peux sentir la montée progressive de température. Si bien que bercé par une pub pour les bouillons cub au poulet Maggi, je m’endors comme si j’étais en réunion. A mon réveil, peu après, je me rends compte que le programme a changé : c’est un débat sur les relations parents - ados à propos de la drogue et du sexe. Comme quoi, on a beau changer de continent, les problèmes restent les mêmes.
Au déjeuner, Noellie nous rejoint. Si j’ai bien tout compris, il s’agit de la fille de Marceline Au menu : des patates qui en fait n’en sont pas (il paraît qu’il s’agissait d’une racine de saison) au poisson. Puis la digestion se passe en discutant avec Noellie de l’association, ses produits et ses cibles, le tout complété par des précisions sur mon séjour et mon alimentation. Juste avant moi, ils ont eu une jeune stagiaire de 20 ans qui est restée 2 mois et qui manifestement dévorait tout ce qu’on lui proposait : y compris du chien et des chenilles. Je m’incline par avance : je ne me sens pas capable de relever le défi (le chien à la rigueur mais les chenilles, beurk).
OuagadougouPuis Vincent m’emmène en ballade à Ouaga que j’ai envie de découvrir. C’est une ville étonnante, toute de grands axes routiers bordées de concessions sans étage. Une ville immense sans centre à proprement parler, qui est en train de voir émerger un nouveau quartier ex nihilo, Ouaga 2000. Tout en nous balladant, je discute avec Vincent. Il a 23 ans (alors que je pensais qu’il n’était pas majeur ce qui n’était pas sans m’inquiéter puisque c’était lui qui conduisait) et exerce le métier de… calligraphe. En fait et après analyse, il s’agirait plutôt du métier de peintre d’enseignes, ces panneaux qui surplombent toutes les petites boutiques avec des slogans souvent rigolos tel ce “Chez Douce, tout est doux”. Petite anecdote de ballade : la ville est décorée de panneaux à la gloire de “JC”. En fait, JC est le nom d’un importateur de motos chinoises très populaire. Il passe même des clips à la télé : “JC Super la moto, JC ma passion forvever”.
Au retour nous allons saluer les “grands frères” du quartier. Je fais la connaissance d’Abdoulaye, le chauffeur de Songtaaba et surtout de Yaya, avec qui j’entame rapidement une passionnante discussion sur le taux de chômage comparé en France et au Burkina. A Ouaga, 90% des gens vivotent de petits jobs. Le pays, enclavé et aux terres très pauvres, ne décolle pas. Et le conflit ivoirien n’a rien fait pour arranger les choses. La Côte d’Ivoire est un pays généreusement dotée par la nature : tout y pousse facilement. Mais les Ivoiriens de souche qui le peuplent ont la réputation de ne pas être des acharnés du travail. Et donc historiquement (et ce dès l’époque coloniale), la Côte d’Ivoire a fait massivement appel à la main d’œuvre burkinabè réputée pour être une des plus industrieuse d’Afrique de l’Ouest. Et maintenant, elle voudrait les expulser tous afin de conserver son homogénéité ethnique au pays. Bilan des courses, la moitié du pays n’est plus contrôlé par Abidjan et le Burkina Faso est devenu du jour au lendemain, un des grands exportateurs mondiaux de cacao… Yaya est un garçon très intéressant : il a beaucoup voyagé en Afrique car il travaille au contrat pour une entreprise belge de soudure. Un peu comme Ernesto Guevara dans Carnets de voyage, il défend l’idée de l’existence d’une nation ouest-africaine qui transcenderait les nationalismes réducteurs. Il rentre juste de Djibouti où il fait manifestement plus chaud qu’ici (j’imagine à peine) : au lieu de mes petits 35°, il fait là bas jusqu’à 55° à l’ombre en été !!!
Après un rapide passage au supermarché (tenu par des Libanais, et qui propose quasi uniquement des produits importés), nous passons chez moi où Vincent s’arrête pour regarder la télé. Puis nous allons dîner chez Alexis (la même chose qu’à midi) et discutons politique (cette fois de l’ingérence du Burkina dans les affaires intérieures mauritaniennes). Pendant le dîner un margouillat attrape vivement une mouche qui passait innocement par là. Manger ou être mangé, on n’en sortira donc jamais. En attendant, j’ai choisi mon camp et fini d’engloutir mon plat traditionnel. Nous repartons en mobylette. Cette fois, nous passons par la concession où habite la copine de Vincent. Dans le noir complet, je suis reçu par les parents de la susdite copine, une cousine à elle et même son frère. Tout en buvant mon coca, je réponds aux questions de la copine qui portent principalement sur le fait de savoir si les Français croient ou non en Dieu (nous avions entammé la conversation en discutant du Ramadan qui vient juste de commencer). Nous filons ensuite, allons saluer une voisine de la copine puis un groupe de copains de Vincent qui me font boire du Dolo, cet bière de mil rouge typique, que je goûte prudemment : demain, je bosse (et en plus, c’est pas bon : amer et chaud ; louche quoi).
Puis Vincent me dépose dans ma cabane, allume ma télé et commence à lire le journal burkinabé que j’avais acheté. Je profite de ce délai qui retarde le moment où je pourrai prendre ma douche me débarrasser de l’épouvantable couche de crasse qui s’est accumulée pour pulvériser du répulsif sur ma moustiquaire et… la border. J’ai décidé de ne pas faire resto à moustiques cette nuit. En fait, c’est un peu faux : bercé par le chant mélodieux du gecko (un affreux toctoc guttural), j’ai exposé mes pieds aux assauts de ces petits vampires.
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