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23 octobre
Ce
matin, Abdoulaye doit me balader en ville. Rendez-vous
est pris à 8:00. Finalement, il arrive
au centre vers 9:00 et on décolle vers
10:00 (le temps de dire bonjour, nettoyer la
moto et faire le plein). Et la ballade commence.
Avec les mêmes sensations quà
Phnom Penh cet hiver, la trouille en moins :
soit les Burkinabé conduisent mieux que
les Cambodgiens, soit cest moi qui maguerri.
Les rues quempruntent Abdoulaye ressemblent
beaucoup plus à des rues que ce que javais
vu le premier jour. Celles-là sont goudronnées
ou bien pavées, entourées de petits
immeubles de un à deux étages.
Bien souvent elles sont bordées darbres.
On fait des achats dans un marché des
artisans où je vois mes premiers Blancs
depuis un bon moment et on va visiter le barrage
et la retenue deau qui sert de réservoir
deau potentiellement potable de la ville.
Cest un coin beaucoup plus vert que là
où jhabite. La sensation est encore
accentuée avec la ballade à pied
dans le parc urbain de Bangr - Weoogo.
Retour tardif en famille pour déjeuner.
Loccasion de faire la connaissance de
Dany, 3 ans et Junior 5 ans, les deux terreurs
de Noellie (pas la petite, la grande). En résumé
: Junior à laide dune craie
dessine partout où linspiration
le prend : sur le sol, la porte metallique,
le muret ; tout sauf sur le tableau noir tandis
que Dany trotine à droite et à
gauche, se permettant de faire pipi dans la
cour de la concession malgré linterdiction
de son grand-père.
Dîner le soir chez Jérôme
que jai connu chez Saint-Gobain et son
épouse France ainsi quune jeune
stagiaire qui travaille à lambassade
de France. Un autre monde : gros 4x4, grande
villa climatisée avec piscine, cuisinier
& gardien. Soirée très agréable
cependant ; ces Français ne sont pas
atteints du syndrome de lexpatrié
: celui de passer son temps à critiquer
le pays où ils vivent. Ils aiment sincèrement
ce pays et Jérôme peut dautant
mieux en parler quil a vécu auparavant
au Gabon. Au retour, on retrouve grille close.
Je passe en grimpant le mur de clôture
et passe devant le gardien qui ne daigne même
pas se réveiller
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24 octobre
Dimanche studieux passé à développer
la version anglaise du site. Abdoulaye est passé
et a allumé la télé. A son
départ, je la laisse allumée et
me passe en bruit de fond diverses séries
mexicaines, plus un film burkinabé qui
raconte lhistoire denfants qui fuient leur village
et la co-épouse de leur père pour
chercher du travail à Ouaga et qui ny
découvrent que la misère des déracinés.
Finalement tout est bien qui finit bien puisque
leur père les récupère, les
ramène à la maison (à 4 sur
un vélo !) et reprend comme co-épouse
une femme qui aime les enfants.
Le soir, je vais avec Abdulaye au maquis Yif Mengo
qui veut dire en mooré être
soi même. Jy dîne dun
poulet bicyclette rôti (poulet de brousse
à longues pattes et à la chair ferme)
arrosé de deux bières (65 ml la
bouteille) ce qui constitue ma limite si je veux
marcher à peu près droit ensuite.
Le poulet, qui se mange avec les doigts, est bon
mais il vaut mieux ne pas trop savoir ce quon
mange : car cest tout entier quon
le mange ce fichu poulet. Du cou aux pattes. Et
moi qui préfère le blanc, jen
suis réduit à me battre avec le
moindre petit bout pour arracher un peu de chair,
de peau et de Dieu sait quoi encore.
Un groupe joue de la musique principalement burkinabè
et ivoirienne. Instant magique. Tout le monde
écoute la très belle et entrainante
musique en buvant. Que des Burkinabès ce
qui renforcent le côté exotique
si ce nest quà côté de moi,
une ravissante petite fille rejoint ses parents
attablés avec dans ces bras
un télétubby
vert !!! |
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25 octobre
Marceline
is back. Lépouse dAlexis. La
maman de Noellie, de Nicole et de Véro.
La grand-mère de Junior, Dany et Grâce.
Une maîtresse femme qui reprend les choses
en main suite à sa semaine aux journées
Canada - Burkina Faso organisée à
Ottawa. Elle arrive au centre vers 10 heures et
tout le monde sactive déjà.
Pour une fois Noellie avec qui je suis censé
travailler se réintéresse au projet.
Il faut dire que la balle est désormais
dans son camps : il faut quelle valide des
textes que jai écrit sur la bases
des bribes dinfos piquées à
droite et à gauche.
On sent quelle est stressée par le
retour de maman. Il faut dire quelle na
manifestement pas fait la moitié de ce
quelle devait faire. Comme dirait gentiment
Abdoulaye en parlant delle, cétait
la cancre de la famille ; disons en tout cas,
quelle nest pas portée sur
le travail. Je me dis donc naivement, quelle
va sy mettre : et bien non. Marceline filant
le jour même avec Nicole qui a un entretien
dembauche pour une ONG néerlandaise
à Bobo (Bobo-Dioulasso, deuxième
ville du pays, près de la Côte dIvoire),
la productivité de léquipe
administrative du centre chute : Noellie et Blandine
décident daller faire un tour à
la maternité et Noellie enchaine ensuite
sur des courses. Je change de tactique et essaye
de la stresser en expliquant que Marceline va
vouloir quon ait fini à son retour.
Peine perdue, Noellie quoiquétant
à 100% daccord avec moi, préfère
filer à son cours de conduite
Entre temps, jai réquisitionné
Abdoulaye pour aller faire un tour en ville acheter
des timbres. Plus le temps passe, et plus japprécie
ces ballades en mobylette, loccasion de vivre
la ville de près dans les embouteillages
où se mèlent dans une paisible pagaille
vélos, mobylettes et voitures. Loccasion
de prendre un bon bol de CO2 et de déposer
son visage une très esthétique pellicule
de terre rouge. Les plus malheureux dans lhistoire
ce sont encore les yeux qui supportent moyennement
ce tonifiant cocktail. Le retour est encore plus
cahotique que laller car on est 17 :00, lheure
de sortie des classes et du bureau. Il y a des
gens partout animés par un objectif commun
: rentrer le plus vite possible chez eux. Mais
comme il se doit en Afrique, tout le monde sourit
et tout se passe sans trop de casse. A noter quon
passe devant un garage bourrée de 605 bleue
marine : un don de la France au Burkina pour permettre
à celui-ci daccueillir dignement les congressistes
de la prochaine assemblée de la Francophonie
qui se tiendra à Ouaga en Novembre.
La soirée arrivant, jécoute de
la musique : jai en effet retrouvé un
MP3 de Kirikou, la chanson de Youssou NDour,
BO du film éponyme. Pas de chance : ce
soir, des jeunes se sont installés dans
la cour et se mettent à jouer du Djembe.
Jarrête Kirikou dans son élan et
me laisse bercer par le son des tam-tams de lAfrique
en finissant un bouquin de lauteur burkinabè
Nazi Boni, Crépuscule des temps anciens
qui décrit la fin du monde traditionnel
africain avec larrivée des premiers colonisateurs.
La description du passage de lexplorateur Binger
en 1888 à Bonikuy est tout à fait
pitoresque :
- Il paraît que la conurbation
de Bonikuy a reçu la visite dun homme
phénoménal descendu du ciel : un
homme tout rouge, avec de longs cheveux noirs,
en broussaille : un Nansara.
- Ne serait-ce pas un génie rouge des cavernes
?
- Comme les Kanni-nipoa, il a, semble-t-il, des
yeux couleur à part, mais ce nest
pas un génie des cavernes. Les Kanni-nipoa
sont nus et ont les cheveux rouges, tandis que
lui porte des vêtements bizarres, qui moulent
bien son corps fragile et juteux ; ses cheveux
sont longs, châtains comme une crinière
de cheval. En outre, il est coiffé dune
très jolie écuelle.
Le soir, Abdoulaye passe avec des arachides bouillies
ou grillées quon grignotte en buvant une
Flag. En discuant à propos de Noellie (la
petite), je découvre quen fait elle est
en quelque sorte au pair. Elle vient dun village.
Elle est hébergée, reçoit
un salaire et en échange sert à
la maison. Du coup, je comprends mieux pourquoi
on lappelle à tout bout de champs et pourquoi
elle ne va pas à lécole ; et aussi
pourquoi elle est aussi peu causante avec moi
: en fait, elle ne parle pas français. |
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