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26 octobre
Ce matin lobjectif est clair : faire travailler
Noellie. Le challenge de lannée
a priori. Elle arrive pourtant à 8:00
et des brouettes mais cest pour repartir
aussitôt faire une course. Elle revient
¾ dheures plus tard, discute avec
Awa qui, elle, travaille déjà
à préparer les produits pour le
SIAO (Salon International de lArtisanat
de Ouagadougou), mais peu parce que justement
Awa travaille. Elle regagne son bureau doù
sort bientôt un boucan incroyable : elle
est en train de tester toutes les musiques de
son téléphone portable ; à
fond de surcroit. A peine le téléphone
réduit au silence que Blandine, la comptable,
arrive. Et hop, elles commencent à discuter.
Ensuite, elle vient me voir pour me dire quelle
a perdu le numéro de téléphone
dune école où elle suit
des cours (de quoi ?) et que du coup, elle doit
y aller
Elle
revient, debriefe sa discussion avec lécole
avec les autres et est interrompue par larrivée
dun électronicienqui
vient ajouter des barrettes mémoire à
lordinateur. Puis elle vient me débriefer
moi pour son histoire décole :
en résumé, elle sétait
inscrite pour reprendre des études universitaires
et finalement, la classe où elle devait
aller ne sera pas ouverte faute de candidate.
Du coup, elle a le moral dans les chaussettes
ce qui moblige à réviser
mon jugement : en fait, jétais
plutôt furax ; maintenant, je compatis.
Ma faiblesse me perdra
Heureuse diversion, on va faire les courses
au marché avec Abdoulaye et Blandine
pour la formation remise à niveau
beurre de karité bio organisé
mercredi, jeudi & vendredi avec une soixantaine
de femmes. Loccasion dadmirer les
étals bigarrés des commerçants.
La section tubercules est toute particulièrement
intéressante : igname, patate douce,
pomme de terre, petits tubercules portant le
nom mooré de pece. A noter que ligname,
ça pèse lourd (et cest pas
très cher : 800 CFA la grosse pièce
de 5-6 kilos).
En revanche, aucune odeur particulière.
Cest dailleurs une dominante ici,
lodorat nest pas stimulé.
La légère odeur omniprésente
est celle de la fumée du bois ou du charbon
brûlé utilisé encore pour
la cuisine traditionnelle. Plus désagréable
et spécifique au centre de Songtaaba,
est la nauséabonde odeur dégagé
par lespèce de résidu de
cuisson qui subsiste une fois quon a fait
bouillir la pâte de karité et qui
est stocké dans lentrée.
Les gardiens la font brûler la nuit pour
faire fuir les moustiques et il ny a pas
que les moustiques que ça fait fuir
Laprès-midi est marqué du
sceau de la sous-productivité. Désespérant
de voir Noellie commencer à valider le
site, je lui ai tout imprimé pour quelle
puisse travailler chez elle. Mais manifestement,
elle est trop perturbée par ses problèmes
de formation pour que jarrive à
quelque chose.
Soirée en famille. Le retour de Marceline
a déjà un premier effet : mon
ordinaire alimentaire saméliore
; ce soir, jai droit à de la bière.
Idéal pour accompagner le To, cet espèce
de bouilli de farine de maïs que jai
dû demander à Véronique
: le plat quotidien des Africains est en effet
peu goûté dans la famille Ouedraogo.
Ceci dit et après analyse, je crois que
je les comprends très bien. La bouillie
elle-même est bourrative et na aucun
goût ; cest la sauce qui fait toute
la différence.
Deuxième effet du retour de Marceline,
jai désormais accès à
une masse dinformations sur lhistoire
et les axes de développement de Songtaaba,
le marché du beurre de karité
et ses subtilités, le commerce équitable
et la certification bio. Du coup, se précise
la deuxième partie de ma mission : rédiger
un dossier de commercialisation préléminaire
à des prises de contact avec des distributeurs
potentiels à mon retour en France. Marchés
visés : Pays-Bas & Allemagne. Zut,
ce ne sont pas mes pays préférés,
mais tant pis, cest pour la bonne cause.
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27 octobre
Une de mes plus chouettes journées. Commencée
doucement à rédiger un premier jet
de dossier de commercialisation, tout saccélère
brutalement avec larrivée dAntoinette
accompagnée de Nicole et de lenfant roi
: Grâce. Loccasion donc de jouer un bon
moment avec cette dernière qui adore manifestement
taper sur mon clavier dordinateur (fichant incidemment
en lair mon dossier de commercialisation) ou
en suçotant ma souris. Elle complètera
son exploration en me mordant (4 canines, mais
de qualité) un doigt qui voulait juste
lui taquiner le bout du nez et en commençant
à manger léchantillon de savon
au beurre de karité parfumé à
la citronnelle.
Jai pu aussi voir que la méthode traditionnelle
de portage de bébés nest pas dépourvue
de risques quand le bébé est du
genre remueur : Grâce manque en effet de
verser du dos de sa mère lorsque celle-ci
sapprête à lemballer. Manifestement,
elle navait pas du tout envie de dormir ou de
rentrer.
Puis
avec Antoinette, on commence par reconstituer
le dossier de commercialisation revu et corrigé
par Grâce (le document est désormais
intitulé : ;;;;;;;:// !!!!fjdskjdkfjf)
mais la fonction annuler frappe (ctrl
+ Z) nest pas faite pour les chiens. Ensuite,
elle me refile de la lecture pour les longues
soirées dhiver : guide dévaluation
du commerce équitable, étude de
faisabilité, les filières de valorisation
agricole plus des rapports danalyse chimique
pour donner un aspect scientifique à mon
dossier.
Last but not least, afin de déterminer
la part réelle reversée aux femmes
hors coûts de structures et amortissement
des investissements, je passe laprès-midi
avec Awa à reconstituer, chrono à
lappui, la comptabilité du projet Karibio.
Loccasion également de me remettre à
Excel afin dautomatiser la procédure de
consolidation par poste et pour loccasion, cest
Noellie qui me filera un coup de main
Le soir, je rentre avec Marceline qui me propose
daller faire un tour. 1ère visite pour
la maison quelle se fait construire à
Ouaga 2000. Une villa moderne quelle compte louer
à des Occidentaux afin davoir un revenu
dappoint pour sa retraite. Loccasion également
de discuter de la condition féminine au
Burkina : ici, cest la femme qui fait vivre la
famille. La plupart du temps, les revenus de lhomme
sont affectés à la satisfaction
de ses besoins personnels, la ou les femmes devant
se débrouiller pour nourrir les enfants
ou les envoyer à lécole. De surcroit,
quand la femme est répudiée, elle
se retrouve démunie du jour au lendemain,
doù lintérêt pour la femme
dêtre indépendante. Et par ricochet,
de lintérêt de laction de Songtaaba
qui assure à plus de 3000 femmes (1100
pour le beurre bio, 2000 pour le conventionnel)
un revenu substantiel.
Cette situation fait que Marceline avait encouragé
Nicole à aller faire un doctorat à
Dakar alors quelle est mariée et mère
dun délicieux et néanmoins turbulent
bébé. Si elle navait pas été
prise comme assistante chef de projet par lONG
néerlandaise SNV, elle serait partie avec
Grâce et une fille qui se serait occupée
de lenfant pendant ses cours.
On fait ensuite un (long) passage chez la mère
de Marceline, où habitent également
sa sur et ses deux superbes filles. La conversation
alterne indistinctement français et mooré
: une phrase commence en français (bien
pour moi) et finit en mooré (moins bien)
; cest du franmooré. Ceci dit je connais
désormais mes fondamentaux en mooré
à savoir : Ni Yibeogo (bonjour davant
midi), Ni Zabré (bonjour daprès
midi), Laafi (santé à dire en nimporte
quelle circonstances en phase de salutation) et
Barak (merci).
En matière de salutation, la variante en
français, donne à peu près
la chose suivante : le matin, on vous dit bonjour
et laprès-midi bonsoir. On
vous demande dans la foulée si ça
va. A quoi il faut répondre ça
va bien et demander immédiatement
ça va ?. Ensuite, si on est
bien embouché, on peut demander et
le travail ?, et la famille ?,
si on a bien dormi ou bien mangé.
Le soir, dîner avec Marceline et Alexis
; au menu, poulet demoiselle (comprenez,
jeune poulet ferme). Loccasion dapprendre que
les filles mangent ensemble dabord, les garçons
ensemble ensuite (depuis le départ dHermann,
le seul fils de Marceline et Alexis, Vincent mange
donc tout seul) et les parents enfin. Bonne nouvelle
: je mange avec les parents, cest donc que je
suis un adulte !
La discussion glisse ensuite sur les rapports
humains en Afrique et en Europe (ou en Amérique
du Nord). Le fait que quand un Français
ou un Canadien passe à Songtaaba, Marceline
soccupe de lui comme elle le fait avec moi depuis
son retour. Mais en même temps, elle est
bien consciente que la réciproque est beaucoup
plus difficile. Au Canada par exemple, comme elle
naime ni le froid ni marcher, elle doit forcer
(gentiment) la main de ses partenaires canadiens
pour quils la déposent et ne lui fassent
pas prendre le métro. Je lui parle ensuite
de ma lecture du moment, le roman autobiographique
du grand auteur malien Amadou Hampâté
Bâ, Amkoullel, lenfant peul, où
lon voit la facilité en Afrique de lOuest
avec laquelle les enfants sont élevés
par un cousin ou un parent plus ou moins éloigné
en fonction des circonstances familiales, comment
lamour filial ne se réduit pas au cercle
de la famille proche mais va bien au-delà,
comment la solidarité familiale joue à
plein. Japprends ainsi que Véronique a
été recueillie à 3 ans alors
quelle avait encore ses parents et décidée
ensuite de rester au sein de sa famille dadoption.
Quant à la petite Noellie, si elle ne va
pas à lécole, cest quelle a été
recueillie trop tard pour pouvoir commencer sa
scolarisation.
Vincent me raccompagne chez moi ; cette fois le
gardien nest pas endormi et vient nous ouvrir
la porte. Le savon quil sest pris hier (cest
Marceline qui mavait raccompagné) la
motivé pour rester éveillé
jusquà mon retour. A propos de savon :
Vincent avait repéré une fuite dans
ma douche (voilà pourquoi je navais droit
quà un filet). Ils ont donc ouvert le
mur, réparé le mur et replâtré
le mur. Seul hic : en prenant ma douche du soir,
je me rends compte quau lieu de sentir le savon
de karité Aseptic qui prend soin de ma
peau et la rend douce au toucher, je sens
la colle Scotch ! Jen suis quitte pour une seconde
douche. |
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