Les aventures de Tintin

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Portrait de Tintin
Sources
Le Monde, avril 2001, Yves-Marie Labé
Un article sur l’exposition, «Milles sabords ! Tintin, Haddock et les bateaux» au Musée national de la marine
Copyright
© Hergé/Moulinsart 2009

Des bulles en pleine mer

Le Musée de la marine consacre dans une exposition à l’importance des bateaux dans l’œuvre d’Hergé. A bord: maquettes, planches et tempête.

La première rencontre de Tintin et du capitaine Archibald Haddock a eu lieu sur un bateau: le Karaboudjan, navire-clef du Crabe aux pinces d’or. C’est aussi à bord d’un canot de sauvetage que le nouveau duo d’amis, escorté de Milou, quitte clandestinement le cargo transportant de l’opium dans les fameuses boîtes de conserve jaunes à effigie rouge. Ce canot fut dessiné à partir de photographies de ceux du Louis-Philippar, paquebot qui coula en 1932, emportant avec lui le reporter Albert Londres qui servit en partie de modèle à Hergé pour créer le personnage de Tintin.
Les navires sont très présents dans l’œuvre d’Hergé: lors de son premier voyage dans la Russie des Soviets, en 1929, Tintin s’empare d’un hors-bord; dans Tintin au Congo, le reporter du Petit Vingtième embarque sur un paquebot de ligne. La geste maritime de Tintin est généreuse, qu’il s’agisse de L’Aurore, apparu dans L’Etoile Mystérieuse, ou du Sirius, entrevu dans un précédent album, mais qui prend surtout la mer dans Le Trésor de Rackam le Rouge. Il y a aussi, et surtout, le Ramona de Coke en stock, qui constitue l’apogée des voyages en mer de Tintin et du capitaine Haddock. Et bien sûr La Licorne, vaisseau de l’époque de Louis XIV, confié à un des ancêtres supposés du capitaine Haddock, le chevalier François de Hadoque…

Des originaux jamais montrés au Musée de la Marine

Musée de la MarineL’énumération de la quarantaine de bateaux empruntés par Tintin en ces années 1920-1950, ainsi que des ports d’où il est parti, dont il a rêvé ou dans lesquels il échoua, pourrait être fastidieuse. L’exposition « Mille sabords », présentée au Musée national de la marine avec la collaboration de la Fondation Hergé, évite cet écueil. La scénographie d’Anne Lebas et Hyung-Jung Song ouvre sur les flancs et la poupe ventrus du Karaboudjan, offre une vue de la cabine reconstituée du capitaine Haddock et permet de tanguer dans la salle à manger de L’Aurore en pleine tempête. Plusieurs planches originales évoquent la rencontre de Tintin et du loup de mer qui sera son compagnon. Caisses de boîtes de sardines éventrées, boîte de crabe (aux pinces d’or), maquettes, objets maritimes, alternent avec des originaux de BD dont certains n’avaient jamais été montrés ou des vidéo documentaires sur l’œuvre et la façon de travailler d’Hergé.
Le clou de cette exposition est sans doute la maquette, et les dessins de coup du Brillant, vaisseau de soixante canons construit en 1690, que possède le musée et qui aurait servi de modèle à La Licorne. Le public pourra aussi admirer plusieurs maquettes (celles de L’Aurore et du Sirius, dotée pour cette dernière d’éclairages et d’un petit moteur), ainsi qu’une véritable pompe à volants pour scaphandre, d’époque – que l’on voit actionnée par les Dupont(d) dans Le Trésor de Rackam le rouge -, et le scaphandre à semelles de plomb de Tintin.  Et bien d’autres objets surprenants…
Des clubs de tintinophiles, dont celui du Palais de justice, ont déjà visité l’exposition à l’invitation du contre-amiral Prud’homme, conservateur du musée, « ébahi par leur connaissance et par leurs discussions pointues sur telle ou telle vignette ». Les enfants y sont attendus aussi: visites-jeux, animations-théatrales et ateliers sont au programme…
Les photographes de presse ne seront pas à la fête: jalouse des planches et des objets originaux qu’elle a prêtés, la Fondation Hergé a prévu que seules sept images pourraient être reproduites. On peut aimer l’aventure et la mer pour autant ne pas apprécier les pirates, même s’ils ont fait allégeance au chevalier de Hadoque.